Brexit : les eurodéputés britanniques, poids légers (L’Opinion)

Publié le : 27/06/2016

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L’influence du Royaume-Uni au Parlement européen s’était déjà beaucoup affaiblie ces dernières années

 

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Isabelle Marchais , à Bruxelles, 27 Juin 2016 à 18h33

Rien n’oblige juridiquement les élus britanniques à se mettre en retrait avant la fin définitive de la procédure de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Mais le Parlement européen, réuni mardi matin en session extraordinaire, devrait voter une résolution sur les conséquences du référendum demandant à revoir l’organisation interne du Parlement pour refléter la décision des citoyens britanniques de quitter l’UE

Les soixante-treize eurodéputés du Royaume-Uni vont-ils pouvoir continuer à siéger normalement après le « non » au référendum d’appartenance à l’UE ? Juridiquement, rien ne s’y oppose : le désormais fameux article 50 du traité stipule clairement que, pendant les négociations de sortie, et a fortiori avant que celles-ci ne commencent, les Britanniques restent membres à 100 % de l’Union européenne. Ils auront jusqu’à départ les mêmes obligations et les mêmes droits, comme celui de siéger dans les institutions et de participer aux votes. Mais, politiquement, la situation risque rapidement de devenir intenable. Le Parlement européen pourrait ainsi voter ce mardi une résolution appelant les eurodéputés britanniques à tirer les conséquences du Brexit. Et donc, même s’ils ne le disent pas explicitement, à renoncer à leurs droits de vote.

Pour Nigel Farage, ce ne sera pas difficile. Le leader du Ukip et ses acolytes avaient quitté les rangs du Parlement européen lors de la dernière session en promettant de n’y jamais revenir. Leur poids était de toute façon proche de zéro car ils passaient leur temps à voter contre tout. Pour les autres élus britanniques, ce sera beaucoup plus douloureux même si leur influence, en particulier celle des conservateurs, a déjà fortement diminué. Le tournant a eu lieu en 2009, quand David Cameron a appelé les eurodéputés tories à quitter le PPE et à créer leur propre groupe, devenu ECR (Conservateurs et réformistes européens).

Perte. « J’ai connu l’époque où nous avions des conservateurs britanniques au sein du PPE : la Grande-Bretagne envoyait alors des députés de très haut niveau, beaucoup d’entre eux étaient europhiles et avaient la volonté de travailler pour l’Europe, estime la députée européenne (LR, PPE) Françoise Grossetête. Les conservateurs britanniques apportaient beaucoup au Parlement, notamment sur les questions d’économie, d’industrie, de recherche, sur lesquelles ils étaient très pointus. Leur départ a été une perte pour le PPE, mais aussi pour eux, car en se retrouvant dans un petit groupe, ils n’existent plus. Il faut faire partie d’un grand groupe pour avoir de l’influence au sein du Parlement européen ».

Le poids du Royaume-Uni au sein du Parlement est malgré tout loin d’être négligeable. ECR est aujourd’hui le troisième groupe politique. Et tout le monde reconnaît aux Britanniques, quelle que soit leur couleur politique, un vrai savoir-faire qui résulte sans doute en partie de leur longue tradition parlementaire. Ils ont par exemple un art consommé pour dégoter des dispositions du règlement intérieur que personne ne connaît, pour faire voter quand les autres n’en ont pas envie, ou au contraire pour renvoyer un texte en commission. Quand ils ont envie de jouer le jeu, ils sont encore capables de se faire entendre.

Accessible sur le site de l’Opinion

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