L’Europe face au Brexit

Publié le : 24/01/2019

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2019 sonne l’heure des choix. C’est particulièrement vrai pour nos amis britanniques, dont le pays doit quitter l’Union européenne le 29 mars à minuit (heure de Bruxelles). Cette date marque la fin du délai initialement prévu pour organiser le départ du Royaume-Uni suite au référendum. Sortie négociée ou sortie sans accord ? C’est l’épineuse question que doit résoudre la Grande-Bretagne en ce début d’année, alors qu’un projet d’accord de retrait équilibré est sur la table depuis décembre. A l’heure où j’écris ces lignes, les représentants du peuple britannique viennent tout juste de rejeter le texte, se rapprochant ainsi du trou noir d’un « no deal ». Un choix lourd de conséquences, qui jette nos voisins d’outre-Manche dans l’inconnu…

Négocié d’arrache pied par la Première Ministre Theresa May avec le négociateur des 27, Michel Barnier, l’accord de retrait initial avait le mérite de remettre un peu de rationalité dans une situation qui en manque cruellement. Préservant les intérêts des européens, il devait ouvrir une période de transition pendant laquelle le Royaume-Uni serait demeuré membre de l’union douanière, ce qui aurait permis de négocier le cadre de notre future relation. Une solution qui aurait également pu éviter le retour d’une frontière « physique » entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, alors que les plaies du passé peinent à  se refermer dans cette région minée par trente ans de conflits meurtriers. Une menace qui rappelle combien l’Europe a œuvré pour la paix, et combien celle-ci demeure fragile.

Les députés britanniques n’ayant pas souhaité faire de concessions, c’est donc le spectre d’un retrait sans accord qui se dessine, privant les citoyens et les entreprises de toute visibilité sur l’avenir. Le retour de longs contrôles aux frontières et de droits de douane pour les marchandises, la pénurie de certaines denrées alimentaires et médicaments qui pourrait en résulter, les troubles à l’ordre public, la fin des droits acquis par les citoyens européens vivant sur le sol britannique et inversement… Ce n’est là  que la partie émergée d’un iceberg dont la face la plus dangereuse reste encore invisible, tellement sont inextricables les multiples conséquences de la remise en cause de plus 45 ans de législations communes.

Victime d’une classe politique chaotique et irresponsable, le peuple britannique découvre au pied du mur l’impréparation de son gouvernement et l’égoïsme coupable de certains de ses responsables, qui n’ont pas craint de jouer l’avenir du pays à  la roulette russe pour de basses considérations politiciennes. Dans l’impasse, ces derniers feraient-ils acte de contrition ? Pas du tout ! Ils s’entêtent maintenant dans leurs mensonges, faisant miroiter à  leurs concitoyens un report du Brexit et la tenue d’élections anticipées. L’Union européenne reste ouverte pour éviter le scénario du pire. Mais la balle est maintenant dans le camp du Parlement britannique, qui doit faire enfin des propositions concrètes. Un report du Brexit au-delà  des élections européennes du 26 mai, qui permettrait au Royaume-Uni d’envoyer des députés au prochain Parlement, est en tout cas impensable.

Chacun doit maintenant assumer ses responsabilités. Sans aucune volonté de vengeance ou de punition, il est légitime que l’Europe défende avant tout les intérêts de ses membres et de ses citoyens. Accusée de tous les maux par ses détracteurs britanniques, elle devrait maintenant plier devant leurs exigences? Les européens ne le comprendraient pas. Cette situation malheureuse est cependant riche en leçons, alors que se profile l’autre grand choix de 2019: le scrutin des européennes. Puisse le contre-exemple britannique permettre à nos concitoyens de réaliser combien nous sommes plus forts ensemble, et à quel point nous avons besoin d’Europe face à l’instabilité du monde.

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